Inuits de Pond Inlet

Pond Inlet, Nunavut, Juin 2008.

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Il ne faut pas voyager très loin pour changer complètement de réalité. À 3000 Km de Montréal, c’est le cercle arctique, c’est le Grand Nord.

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On passe d’un monde quadrillé, pavé, cultivé, clôturé, minuté à de vastes étendues rocheuses quasi désertiques, sans arbres où le temps coule à la vitesse du Iceberg.
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 Le Iceberg,  quand à lui,  il  est pris dans la glace quelque part dans le détroit devant le village, tel un Rocher Percé qui aurait accosté là pour compléter la carte postale.

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Alors que pendant des centaines de kilomètres, il n’y a rien, tout à coup, à l’extrême nord de la Terre de Baffin, le Hameau de Pond Inlet avec ses 1300 et quelques habitants.  À cela s’ajoute bon-an mal-an  quelques ouvriers de la construction, quelques guides touristiques et en juillet-août, quelques dizaines de touristes qui descendent à terre à la faveur du passage de leur bateau de croisière  venant mouiller dans un détroit libre de glaces.

Les bâtiments occupent quelques kilomètres carrés, sans plus.  Tout a commencé sur le bord de la mer et la vie a remonté la colline pour se répandre sur le plateau autour de la piste de l’aéroport,  l’autre artère vitale.

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On pourrait faire l’histoire de Pond Inlet simplement en datant la construction des différents modèles de maison que le gouvernement canadien a transplanté là à coup de 10 unités. 

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Je ne sais pas où ils prenaient leurs idées mais on a surtout l’impression que c’est le contracteur qui gagnait l’appel d’offre qui décidait du modèle d’habitation.

Assurément un modèle largement éprouvé quelque part dans une anonyme banlieue du  Sud.  Bravo pour le « Sur Mesure » Arctique !
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Pourtant, on devrait y penser deux fois avant de transporter quelque chose  à Pond Inlet parce que ça coûte tellement cher de transport que vous pouvez être sûr que ça va rester là pour l’éternité.  On va quand même pas payer une fortune pour renvoyer la « Scrap » au Sud !

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En fait les 27 villages du Nunavut ne sont possibles que parce qu’il y a du pétrole : Mazout, essence, diésel, tout ce qu’il faut pour alimenter la génératrice du village qui produit l’électricité, pour remplir les réservoirs d’huile pour chauffer les maisons, pour faire le plein des »Quad’s » et des motoneiges et surtout pour fournir de l’eau potable aux habitants.

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L’eau potable n’est possible que grâce au pétrole. Il n’y a pas d’aqueduc à Pond Inlet.  Tous les jours de l’année les 7 camions citernes de Pond vont chercher l’eau à deux km derrière le village.  Là, il y a la station de pompage dont la génératrice  fonctionne au mazout pour chauffer le tuyau d’alimentation qui plonge dans un lac et pour alimenter la pompe qui remplit les citernes.  La livraison se fait sur appel.

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Rien ne se perd, rien ne se crée. Il y a aussi une flotte de camions qui vident les fosses sceptiques.  Il n’y a pas de système d’égoûts à Pond.  Au bout de l’année ça fait beaucoup d’eau et ça fait beaucoup de pétrole.  Avec la hausse vertigineuse du baril de pétrole, il est certain que le prix de l’eau va augmenter.

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Mais nous sommes l’été.  Le soleil brille durant 24 heures.  Il y a urgence de vivre. Il n’y a plus d’heure.  Les enfants jouent au basket, au baseball et il est presque minuit.  On part à la chasse, Annie Peterloosie cuit son pain, le garage de motoneige est ouvert.
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Pond Inlet est jeune.  Pond Inlet  a 20 ans.  C’est la moyenne d’âge médiane de sa population.  Plus de 50% de la population est âgée de 25 ans et moins.  L’avenir est devant eux.  Le maire de Pond Inlet, Abraham Kublu, 26 ans, a été élu par acclamation.  Il souhaite que de grandes industries viennent s’établir autour de Pond Inlet  afin de créer des emplois mais pas à n’importe quel prix environnemental.  On le sait , les phoques narvals et autres ombles chevalier sont déjà fortement contaminés. 

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Au nord tout se réchauffe.  La période de dégel arrive plus tôt et dure plus longtemps.  Est-ce que les maisons vont s’enfoncer  dans le sol et se disloquer ?  Comment survivre à ces changements à moindre coût et de façon écologique ?  Voici ce que propose l’architecte québécois, Richard Carbonnier, qui demeure à Pond  depuis plusieurs années et qui a fabriqué, de ses mains, ce prototype d’igloo moderne.

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Le principe est simple :  L’habitation doit reposer sur 3 pieds.  Ce qui permet, en cas de mouvement du sol, de redresser le bâtiment sans risquer de briser la structure.  La forme permet une circulation égale et naturelle de l’air pour un meilleur chauffage.  Et ça offre moins de résistance au vents. 
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Mais le rythme de vie à Pond Inlet est  enchaîné au climat.  Il existe une certaine insouciance.  Les choses changent lentement, pourquoi s’énerver. En fait c’est la loi du Sud qui vient tout déranger.  Il n’y a qu’une école primaire et une école secondaire à Pond Inlet.  Pour les études supérieures, tous les jeunes  doivent quitter leur famille pour 1 ans 2 ans ou plus.   Ils doivent habiter dans la capitale du Nunavut, Iqaluit ou encore dans la capitale du Canada, Ottawa pour étudier.

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Résultat ?  C’est le choc culturel.  Ce que les jeunes inuits pouvaient voir via la télé et sur internet devient réalité :  La grande ville, les sorties, le cinéma, les spectacles, bref la liberté et l’abondance.  Imaginez alors avec quel état d’esprit ils reviennent chez eux ?

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C’est pourquoi on ne peux pas reprocher à T.J. (prononcer Tidjé) de s’ennuyer à l’école.  Lui qui compose des chansons hip hop en inuktitut  rêve d’enregistrer un tube et de parcourir le monde.  Est-ce que le contexte lui permettra  de réaliser son rêve ?

Faudra donner une chance à Pond Inlet de décider et les moyens de se réaliser.

Laurent Boursier

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