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Théâtre Séville : Drame Inuit

Une démolition peut en cacher une autre.

Dans l’histoire de la rue Ste-Catherine il y a des hauts et des bas et même des secteurs hauts et des secteurs bas.  Cette rue commerciale n’est pas égale tout le long.  Le secteur du Quartier des spectacles revit. La portion  à proximité de l’ancien Forum et de la petite rue Chomedey va également connaître un boom  des plus chics. 

seville avant démo

Montréal , Août 2010  – L’ancien Théâtre Séville
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Ça faisait des années que ce bout de rue était à l’abandon.  On avait sécurisé les murs du théâtre, créant ainsi  un oasis salutaire pour des itinérants bien particuliers, les Inuits.  On ne sait pas exactement pourquoi ils fréquentent ce secteur , mais leur présence était notoire.

theatre int general

Montréal , Août 2010  – Intérieur du Théâtre Séville
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Ils y trouvaient autant un abris donnant sur la rue pour quêter, qu’un abris  à l’intérieur pour la nuit.  C’était leur chez soi : Ils y gardaient leurs maigres possessions.  Ils y recevaient leurs amis et même le travailleur social savait où les trouver.

theatre loges

Montréal , Août 2010 – Loger au Séville
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Isaac et Thomas y habitaient de temps en temps depuis longtemps, se faisant déloger à l’occasion par la police.

Isaac thomas theatre

Montréal , Août 2010  – Isaac et Thomas au Séville
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Isaac avait un méchant truc dans l’oeil depuis quelques semaines.  Et il n’y voyait plus tellement, lui qui a déjà de la difficulté à marcher à cause d’une déformation du pied droit.  Un travailleur de rue  le visitait.  Il en profitait pour lui désinfecter l’oeil.

isaac travailleur

Montréal , Août 2010  – Isaac  et le Travailleur de Rue
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Depuis quelques temps on les laissait tranquille dans leur théâtre. Profitez-en leur avait dit un ouvrier. En fait la démolition de cette rangée de constructions sur Ste-Catherine n’était plus qu’une question de semaines.  Thomas n’en pouvait plus de toute façon.

Thomas théatre

Montréal , Août 2010  – Thomas au Séville
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Il est un des rares à avoir tout ce qu’il faut pour s’en sortir.  Il avait déjà trouvé un travail régulier dans un organisme  s’occupant  des Inuits  à Montréal.  Il sait lire, écrire et parler Anglais et un peu de français. Il est cependant retombé dans ses mauvaises habitudes et n’est plus retourné au travail.  Mais son vrai drame,  c’est qu’il était conscient de l’horreur de sa condition d’itinérant.  C’est pourquoi il souhaitait retourner dans sa communauté au Nunavik.

Thomas pelle

Montréal , Août 2010  – Le Drame de Thomas
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Quand il me disait ça, je ne croyais pas vraiment qu’il parlait sérieusement.  Il me semblait  jouer  au gars qui fait pitié.  Comme cette fois où j’ai trouvé Thomas chancelant à la sortie du théâtre parce qu’il n’avait pas mangé depuis quelques jours.  Il s’est roulé en boule  devant  la machinerie qui, quelques jours plus tard, foutrait tout à terre.

isaac théatre
Montréal , Août 2010  – Isaac au Séville
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De son coté Isaac n’en faisait pas de cas.  Pour lui Montréal est une ville extra et la Ste-Catherine c’est sa famille. Été comme hiver, il sait comment survivre.  Même si sa condition physique s’en ressent de plus en plus.  Et puis le grand jour est arrivé…

seville démoli
Montréal , Octobre 2010  – La fin du théâtre Séville
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Ce fut la fin du théâtre et ce fut l’exode de ses habitants.  On y construira  425 unités d’habitation dont 25% à loyer abordable. Je suis retourné plusieurs fois dans le secteur pour tenter de trouver leur nouvel abris mais en vain.  Les quelques Inuits qui fréquentent encore les parages racontent que  finalement  Thomas aurait utilisé son billet d’avion pour retourner à Kuujjuarapik pour voir ses enfants et ses petits enfants.  Quand à Isaac, les travailleurs sociaux l’ont encore convaincu  de déménager dans un logement le plus loin possible de son ancien quartier, en espérant qu’il change de fréquentations.  Leur dernière tentative vait été un échec.  Mais qui sait cette fois, il reprendra peut-être son métier de sculpteur…

Laurent Boursier

 

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